Numéro d'édition: 3614
Lettre de Félicien Rops à [Sabine ]
Texte copié
N° d'inventaire
FFR/LE/060
Collationnage
Copie
Lieu de conservation
Belgique, Province de Namur, musée Félicien Rops, Province de Namur
Page 1 Recto : 1
Samedi.
Il vous faut employer ici votre belle indulgence, ma belle amie Sabine, et attendre encore deux ou trois jours avant de recevoir une lettre de moi. Je vous prie surtout de ne pas imputer à mon cœur les défauts de mon esprit ! Je suis malade moralement et très malade. Dieu qui m’a donné, comme le disait mon brave ami, le docteur Filleau, un corps fait « avec des bouts de fleuret et des cordes de violon » aurait bien dû, pour mettre le comble à ses bienfaits, me gratifier d’un cerveau de passeur ou de braconnier. J’en eusse été plus heureux. Toutes les années quand arrive l’automne et ses austères enivrements, je souffre comme si tous les espoirs que je garde en moi et qui sont les mêmes que ceux qui illuminaient ma vingtième année, allaient pour toujours, mourir avec les feuilles jaunes.
Et puis, je sens que je n’ai rien fait en art, et que mon œuvre n’est que périssable. Je sens en moi s’agiter des passions et des aspirations dont je ne trouve pas la forme et cela me jette en désespérance. Il faudra cependant que ces idéalités et que ces hauts rêves prennent un corps, et que tout ce que je sens vibrer en moi devienne tangible. Je m’agite comme un nain difforme enfermé par des esprits malfaisants dans l’armure de saint Michel Archange. Si j’étais un peu aimé je serais vainqueur de toutes ces luttes, qui sait ? Que tout vous garde ! A mardi, j’ai tant de choses à vous dire que je ne peux vous dire.
Votre ami.
Tristan, qui vous baise et tient les mains dans les siennes.
Détails
Support
1 feuillet, 1 page, Vergé, Crème.
Dimensions
21,5 cm x 17,3 cm mm
Mise en page
Écrite en Crayon graphite.


