Numéro d'édition: 3622
Lettre de Félicien Rops à [Octave Maus]
Texte copié

Expéditeur
Félicien Rops
1833/07/07 - 1898/08/23
Destinataire
Octave Maus
Lieu de rédaction
Paris
Date
1886/01/12
Type de document
Lettre
N° d'inventaire
FFR/LE/082
Collationnage
Copie
Lieu de conservation
Belgique, Province de Namur, musée Félicien Rops, Province de Namur
Page 1 Recto : 1
Paris ce 12 Janvier 1886
Mon vieux Maus,
Je vais demander un tas de services à ta jeune et déjà vieille amitié. Le premier : c’est de me permettre de ne pas exposer, mais absolument pas, à la Société des XX. Les raisons ? Elles sont plus nombreuses que les amants de notre bonne Sarah : Depuis le mois de Juin, entends-tu de Juin, je n’ai absolument rien fait autre chose que des ronds dans l’eau & bayer aux corneilles. Et cela par ordre de mon docteur ! Par ordre absolu ! J’ai été et je suis encore très malade, mon cher Maus. On me traitait d’abord pour un diabète ordinaire, un diabète Cladeleux, simple et sucré comme un litre de Bourget, il paraît que ce n’est pas cela du tout, mais pas du tout !! Je suis un diabétique « phosphateux » Je perds mes phosphates par la même voie par où se créent les monstres et les anges. Or on a besoin de phosphates à ce qu’il paraît pour faire des œuvres quelconques, & je tâche de les rattraper – Veux-tu bien consulter à mon endroit ton docteur qui a traité Cladel ! Oh, une rapide consultation, entre deux cigares – Demande lui comment il traiterait un « phosphaturique » il paraît que je m’appelle comme cela maintenant – qui phosphaterait 8 à 7 pour cent en faisant pipi pendant vingt quatre heures ? – Ah ! c’est que je voudrais bien guérir et faire toutes les belles choses qui me dansent dans la caboche. – Guarda la cabeza ! nous disaient
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les guides dans la Sierra Nevada dans les passages où il fallait courber la tête pour ne pas briser les rochers – je veux – guardar la cabeza : et le reste dont je me suis toujours honnêtement servi.
Et surtout, mon cher Maus, n’expose pas un dessin ancien de moi. J’ai liquidé mon passé, je vois autrement et je ne veux pas que rien soit exposé sans mon autorisation. Tu es assez mon ami pour ne pas aller contre mon désir. Si cela arrivait, je serais forcé de dépenser 8 frs 50 pour faire enlever par huissier les horribles machines que tu exposerais et de donner ma démission des XX ce qui me navrerait. J’ai faill failli faire cela à l’Exposition de 1880, et c’est uniquement par considération pour Jean Rousseau qui avait exposé d’affreux « Rops » malgré moi, que je ne l’ai pas fait, et j’ai eu tort.
– Dans un an je serai mort ou très vivant. Si je meurs tu prononceras sur ma tombe un joli discours dans lequel tu célébreras mes vertus, & tu mêleras tes pleurs à cause des Parisiennes trop aimées qui viendront, je l’espère, discrètes et voilées, jeter quelques bouquets de Nice sur ma bière (cependant, je n’y compte pas trop !). Si je guéris je ferai l’an prochain un bel envoi aux XX. Puis, tu as déjà un tas de monde d’ici & cela te fera une belle exposition, donc je n’ajouterais rien, à son éclat, & et puis je ne puis exposer cette année
Je dois écrire à Picard pour lui demander s’il veut que je lui expédie la collection promise ou s’il veut que j’attende qu’il vienne ici la prendre. Elle est prête.
Je dois aussi t’écrire dans quelques jours pour que la Conservation des Estampes m’achète une collection. Je te parlerai de cela longuement
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La Belgique a toujours pratiqué une sage avarice, mais enfin elle pourrait cependant avoir aux Estampes les œuvres d’un de ses enfants qui tient sa place) l’échange sans trop la déshonorer
A toi bien, & je compte absolument sur ton amitié pour accéder ponctuellement aux désirs que je viens de te manifester dans cette lettre. A bientôt mon vieux,
Félicien Rops
Donne moi vite un mot de réponse Amitiés à tous les nôtres
Détails
Support
1 feuillets, 3 pages
Dimensions
27,4 cm x 21 cm mm
Mise en page
Encre

