Numéro d'édition: 3632
Lettre de Félicien Rops à [William Picard]
Texte copié

Expéditeur
Félicien Rops
1833/07/07 - 1898/08/23
Destinataire
William Picard
1868
Lieu de rédaction
s.l.
Type de document
Lettre
N° d'inventaire
FFR/LE/120
Collationnage
Copie et tapuscrit
Date de fin
7 août
Lieu de conservation
Belgique, Province de Namur, musée Félicien Rops, Province de Namur
Page 1 Recto : 1
Mercredi 7 août
Mon cher Monsieur Picard,
Je viens relativement à mon Exposition projetée, de prendre une décision nette, et je viens d’en faire part au Conseil d’administration du Cercle Artistique et littéraire de Namur, ainsi qu’au Conseil Communal qui avait accordé un léger subside pour cette Exposition. C’est de remettre à l’an prochain, à la même époque l’Exposition susdite. Les raisons qui m’ont décidé sont d’ordre très varié.
– La principale : c’est le peu de pièces ayant quelque intérêt que l’on a réunir. J’ai rassemblé ici, dans mon atelier, toutes les pièces qui doivent composer cette exposition. J’en trouve l’ensemble piteux, insignifiant, inutile surtout, sans raisons d’être, sans sensationalité, déjà très vu. – (j’ai été très pastiché, c’est naturel). L’an prochain, j’ai chance, avec l’appoint anglais et américain, sur lequel sûrement je peux compter, et qui m’est d’ailleurs promis, de montrer quelque chose qui vaille. Sans compter les épreuves d’eaux-fortes inédites que je ne peux (raisons d’éditeur qui ne veut paraître qu’à l’heure qui lui plaît) disposer avant le mois de mai prochain. J’aurai fini les jambes d’Auguste Barbier, dessins et gravures, qui je le crois, et je le dis impudemment, me semblent n’être pas sans intérêt, et donneraient du charme à ce ramassis de choses vues, archivues, dont la verve est usée et qui ne montrent en rien mes nouvelles technics, très cherchées et laborieusement acquises. En dix ans on fait, si l’on travaille sincèrement, toujours du nouveau, que ce nouveau soit meilleur ou pire. Ce n’est qu’un retard. Mon appoint à l’œuvre de l’Art, que vous dirigez, aura lieu et ce sera pour moi, une intime joie. Le programme de la Maison d’Art auquel votre père a prêté toute la séduisance de sa plume, est le plus joli rêve qui se puisse faire, et n’est pas impossible à réaliser ; – seulement, pour que soit tangible cette réalisation, il faudrait dans Bruxelles trois cent Edmond Picard, aidés par des poseurs de sétons comme l’on en trouve dans aux instituts vétérinaires. Cela jetterait là-bas un certain nervosisme très nécessaire.
– Peut-être « un rayon » de Produits Alimentaires liquides et solides ne serait-il pas inutile. On pourrait unir les aspirations : Des jambons d’Ardenne soumis à l’artistiques tritures pourraient rappeler à l’amour et à l’appétit de ses sujets les traits du Roi Bien-aimé. Les constitutionnels entrouvriraient peut-être leurs goussets si rebelles à l’entrebaillement ! Car l’ennemie : c’est la rapacité de notre belle patrie ! avec laquelle il faut toujours compter et décompter !
A l’an prochain. Nous commencerons si vos intentions restent les mêmes, en Juin à nous occuper de cela. En attendant, je vous remercie de votre bon et aimable vouloir et j’espère pouvoir vous prouver que cette Exposition n’en sera que meilleure à être retardée.
Je vous serre amicalement la main et rappelez-moi, je vous prie, au bon souvenir de M. Edmond Picard.
Félicien Rops
Détails
Support
1 feuillets, 1 pages
Dimensions
27,5 cm x 21 cm mm
Mise en page
Encre

