Numéro d'édition: 3620
Lettre de Félicien Rops à [Octave Maus]
Texte copié

Expéditeur
Félicien Rops
1833/07/07 - 1898/08/23
Destinataire
Octave Maus
Lieu de rédaction
France, Paris, 13 Rue Labie, Porte Maillot
Type de document
Lettre
N° d'inventaire
FFR/LE/074
Collationnage
Copie
Date de fin
1881
Lieu de conservation
Belgique, Province de Namur, musée Félicien Rops, Province de Namur
Page 1 Recto : 1
13 Rue Labie Porte Maillot
Je suis en retard avec vous, mon cher Maus. J’aurais dû vous envoyer ma carte & mes condoléances lors de la mort de votre frère, mais je préférais vous dire de vive voix toute la peine qu’elle m’avait causé. Je le connaissais peu cependant, assez pour savoir que c’était un véritable peintre qui comprenait son art. Je n’oublierai de longtemps ce visage à la fois doux et tourmenté, un peu triste, d’une tristesse que j’attribais à une vocation détournée de sa voie. Lors de l’Exposition de Paris nous nous sommes arrêtés avec Bonvin devant sa toile. « Savez vous que c’est d’un crâne peintre cela » dit Bonvin. Et Bonvin n’est pas la bienveillance en personne, mais il disait vrai. Il y avait positivement de la vision de Louis Dubois dans son bon œil de peintre, & une robustesse d’exécution qui les faisaient tous deux de la même famille. Les peintres qui, comme eux, peignent pour faire de la bonne peinture deviennent de plus en plus rares. Rien n’est plus triste que de voir un homme dont le talent promet à un début ne longue série d’œuvres emporté jeune & plein de vie, car je crois fermement que « nul homme ne remplace exactement un autre homme » comme le disait Octave Pirmez.
Relativement à moi, mon cher Maus, j’ai à vous remercier de toutes les paroles aimables dites dans votre journal. Quant au ruban, je ne m’étais jamais arrêté à cette idée ! Je comprends, comme je vous le disais un jour, et si l’on aime une dame qui tient
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à cela, que l’on porte une distinction artistique ou littéraire comme les palmes d’officier d’Académie, que l’on ne donne pas aux gens qui passent leur temps à être notaire ou major de garde civique ; mais on m’a attaque de façon si grotesquement vile et méchante, si platement perfide en faisant retomber jusque sur mon fils la responsabilité d’une œuvre galante (qui est blonde à côté des mêmes œuvres de Gavarni, de Delacroix, de Detaille, de François Millet, de Charles Jacques, enfin de presque tous les artistes de notre temps que je ne suis pas fâché de savoir si en Belgique tout le monde me juge indigne et « déshonoraire » !
Alors je serai plus à mon aise.
Figurez vous, pour vous donner quelqu’idée de ces canailleries que l’on a été dire à mon fils, qui va passer son dernier examen d’avocat, qu’il ne serait pas possible pour lui d’entrer dans la magistrature, à laquelle il se destine, pour les mêmes raisons qui m’avaient empêché d’être nommé de l’ordre Léopold !!!
Et vous savez comme tout cela se cache sous des « on dit », de toute façon que l’on trouve jamais les oreilles de personne lorsqu’on les cherche, ni les reins du monsieur pour y mettre la botte !
Ici, du moins, cela se trouve en ces occurrences et cela soulage. L’amitié d’Edmond Picard m’est précieuse parce qu’elle m’empêche d’avoir le dégoût complet de mon pays. J’espère que nous deviendrons aussi amis, mon cher Maus ; comme je le disais à Madame Picard, je ressemble aux pâtés de Chartres, je vaux mieux en dedans qu’en dehors.
Je vous serre bien la main d’amitié en vous envoyant encore une fois mes remerciements sincères
Félicien Rops
Je n’ai pas encore eu le n°8 et je n’ai pas reçu le dernier, celui de la semaine passée. J’espère être votre correspondant à partir de l’hiver prochain.
Détails
Support
1 feuillets, 2 pages
Dimensions
27,4 cm x 21 cm mm
Mise en page
Encre




